Le régionalisme: Menace pour l’unité nationale?

En initiant les soirées politiques, la Fondation Friedrich Ebert promeut le dialogue politique entre acteurs d’horizons divers et souhaite apporter sa contribution à l’enrichissement du débat public en attirant l’attention sur les questions importantes d’actualité au Bénin. Ce format d’échanges a donc connu sa cinquième session ce vendredi 28 Novembre 2014 au siège de la FES à Cotonou autour de la question du “Régionalisme et l’urgence de la cohésion sociale au Bénin“ dans un décor assez riche et une ambiance détendue qui regroupait aussi bien des acteurs politiques que de la société civile, des professeurs d’université, des citoyens et des journalistes.

La question du régionalisme qui pour certains est tabou, grave pour d’autres et sans importance aucune pour une troisième catégorie ne laisse personne indifférent. Il a été débattue autour d’un panel composé de quatre personnalités : le Professeur Léon Bio Bigou, Enseignant-chercheur au département de Géographie et Aménagement du territoire et Secrétaire Général de l’Université d’Abomey-Calavi ; Monsieur Gaston Zossou, enseignant de formation et ancien Ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement sous le Président Kérékou ; Madame Reckya Madougou-Yèdo, experte en finance inclusive et management des projets et ancien Ministre de la justice sous le Président Boni Yayi et le Professeur Francis Akindès : Enseignant chercheur au département de Sociologie à l’Université de Bouaké la-Neuve et chercheur associé à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Wilfried Léandre Houngbédji, journaliste-écrivain assurait la modération.

Le régionalisme au Bénin se manifeste par la recherche de l’équilibre interrégional dans la promotion des cadres de l’administration, aux nominations aux postes politiques et de direction en passant par les postes électifs est devenu à tort ou à raison la nouvelle grille de lecture de tous les phénomènes sociopolitiques ou économiques au Bénin et se discute dans des lieux ou milieux incompatibles avec des espaces de promotion de la démocratie d’où la pertinence de la mise sur la table de cette question cruciale qui a suscité de vifs débats.

D’entrée de jeu, les deux premiers panélistes Gaston Zossou et Reckya Madougou ont confronté sans hypocrisie leurs analyses sur l’ampleur du phénomène. Pour le premier, le régionalisme est érigé en système de gouvernance depuis le 06 Avril 2006 et toute la régie financière se trouve aux mains de personnes originaires de la ‘’bonne région’’ (le Nord). Il estime qu’il faut aller droit au but et évoquer la question car la seule manière d’éviter le mal est de le dénoncer. Madame Madougou quand à elle, symbole de l’unité nationale de par ses origines se veut moins oiseuse et pense qu’il faut arrêter un peu de stigmatiser le phénomène de régionalisme qui n’est pas inhérent qu’au Bénin malgré les manifestations du régionalisme qu’elle ne nie pas. Selon elle, le régionalisme n’est pas le seul fait du régime dont elle appartenu. Elle estime que ce phénomène relève de l’instrumentalisation des liens sociopolitiques et socioculturels et est le refuge face à la pauvreté idéologique de la classe politique. Pour le Professeur Léon Bio Bigou, l’aspect pernicieux du régionalisme se trouve dans son instrumentalisation à des fins politico-politiciennes et pour cerner ce phénomène selon lui, il faut se focaliser sur ses causes et non sur ses effets. Le professeur Akindès apporta lui, un regard beaucoup plus neutre sur la question. Pour lui, la promotion du régionalisme est un frein dans la construction de la nation et produit deux sentiments : inclusion et exclusion menant du coup à une nation divisée en deux : les inclus qui bénéficient des faveurs du système et les exclus.

Les approches de solution préconisées passent pour les quatre panélistes par l’instruction et l’éducation des populations et l’éradication de la pauvreté dans une perspective de justice et d’équité. Elles passent en outre par une reconsidération de la charte des partis politiques, un bannissement de l’impunité notoire, un découragement de la promotion de la médiocrité et une répartition équitable des ressources dans le pays.

L’organisation de la soirée politique sur le régionalisme a instauré plus de deux heures de débats et d’échanges houleux dans une atmosphère assez ouverte et conviviale. Cette cinquième soirée de la série a permis l’éclairage de l’opinion par les personnalités invitées et a permis aux différents intervenants d’exprimer leurs points de vue et d’extérioriser leur manière d’appréhender la question du régionalisme qui d’une manière ou d’une autre ne laisse personne indifférent.

La Friedrich Ebert Stiftung tient à remercier les personnalités qui ont accepté partager leurs points de vue sur cette question cruciale et tous ceux qui d’une manière une d’une autre ont contribué à la réussite de cette soirée politique.

Actes de la Soiree Politique: le régionalisme et l’urgence de la cohésion sociale / FES Cotonou