La pratique du dialogue social au Bénin

La quatrième édition dans la série des « soirées politiques », format initié par la Fondation Friedrich Ebert (FES) qui vise à offrir une plateforme d’échange et un espace de débats contradictoires aux sujets importants d’actualité sociopolitique ou économique du Bénin, s’est déroulé vendredi le 19 septembre au siège de la FES à Cotonou. Cette fois-ci, le débat a tourné autour de « l’analyse et les perspectives de la pratique du dialogue sociale au Bénin ».

Le dialogue social étant défini comme un dialogue tripartite, le panel de discussion était composé de représentants des trois acteurs principaux concernés, à savoir le gouvernement, les organisations syndicales et le patronat. Ainsi, le panel a pu compter sur la présence du : Chargé de mission du Ministre en charge de l’évaluation des politiques publiques, de la bonne gouvernance et du dialogue social, Dr. David Emmanuel GHAHOUI et du Conseiller Technique aux affaires sociales du Chef de l’Etat et ancien Secrétaire Général de la CSA Bénin, Zakari IBRAHIMA, pour le compte du gouvernement ; Noel CHADARE en sa fonction de Secrétaire Général de la COSI Bénin ; Docteur Philippe Johnson, chirurgien et représentant du Patronat. Pour donner une lecture neutre de la pratique du dialogue social au Bénin en lien avec les textes qui le régissent, Madame Gertrude Gazard, administratrice du travail et consultante sur les questions du droit du travail a été sollicité. La modération a été assurée par Monsieur Wilfrid Hervé Adoun, journaliste consultant et ancien Président de l’Union des Professionnels des Médias.

Les deux cent cinquante participants constitués d’acteurs politiques, de citoyens issues de la société civile, de personnalités d’institutions internationales et de citoyens intéressés ont participé de manière active et constructive à ce débat. Ce qui témoigne de la pertinence et de l’actualité du sujet.

Que le dialogue social « soit en panne » ou « fonctionne mal », l’ensemble des panélistes sont unanimes sur le fait que le dialogue social – en dépit d’un cadre légal adéquat – connait des difficultés et qu’il se résumerait actuellement plus « à la gestion de crise », d’où la nécessité d’anticiper les crises sociales et de reprendre un dialogue permanent et apaisé. C’est pourquoi les débatteurs, de part et d’autre, ont reconnu qu’il est crucial d’aplanir leurs divergences afin que la tension s’estompe, que la confiance revienne et qu’une paix durable s’installe. Autant le panel que l’auditoire reconnaissent que les causes profondes du dysfonctionnement du dialogue social résident essentiellement dans:

  • La crise de confiance ;
  • Le non-respect des textes ;
  • Le manque d’anticipation du gouvernement ;
  • La banalisation des motions de grève par le gouvernement ;
  • Le manque de formation des acteurs impliqués dans le dialogue social ;
  • Le non-respect des engagements pris par le gouvernement.

Tous ces manquements, ajoutés aux guerres de leadership entre les responsables syndicaux, la logique de l’urgence dans laquelle s’inscrit le gouvernement, la pratique d’un dialogue social épileptique, la politisation et la multiplication de syndicats engluent les différents acteurs dans une situation qui devient de plus en plus inextricable. Les approches de solution préconisées pour sortir de la spirale du malaise social sont presque les mêmes ; excepté quelques nuances relatives à la part de responsabilité qui revient à chacun des acteurs. Pendant que le gouvernement donne l’impression que la responsabilité de l’échec est équitablement partagée, les syndicats estiment que la plus grande part revient au gouvernement.

Le débat sur le dialogue social a permis aux différents protagonistes d’exprimer leur position et d’extérioriser leur manière d’appréhender la question. Le manque d’anticipation du gouvernement, la logique de l’urgence, la manie de laisser les situations s’envenimer, le non-respect des textes, le non-respect des engagements ont été fustigés par un public, venu nombreux, et qui a manifesté son insatisfaction sur la conduite du dialogue social, en particulier, et sur la gouvernance en général.

L’organisation du débat sur le dialogue social, à l’instar des débats précédents, a instauré pendant plus de cent vingt minutes un espace public où des idées contradictoires, des positions divergentes, des conceptions différentes se sont confrontées, entrechoquées et entremêlées pour éclairer la lanterne de l’assistance qui avait soif et faim d’informations; d’informations vraies. La soirée politique a sans aucun doute levé un coin de voile sur les ambitions de la nouvelle équipe chargée du dialogue social. Après la reprise du dialogue avec les partenaires sociaux et les perspectives d’un éventuel nouveau départ, les regards sont tournés vers l’avenir, avec l’espoir qu’après tant de déceptions et de frustrations, la confiance et la paix renaissent dans les esprits. Durablement.

La Friedrich-Ebert-Stiftung tient à remercier les personnalités qui ont acceptés de partager leur point de vue sur la question.

Actes de la Soirée Politique: l’analyse et les perspectives de la pratique du dialogue social au Bénin / FES Cotonou

Bulletin de Cotonou: la pratique du dialogue social au Bénin / FES Cotonou