Michael Koen

Michael Koen est un spécialiste indépendant de l'éducation des travailleurs et un consultant en stratégie politique basé en Afrique du Sud.

La Chine en Afrique après le COVID-19

Alors que l’Afrique cherche du soutien pour faire face aux impacts économiques des tensions géopolitiques croissantes liées à la Covid-19 entre les États-Unis et la Chine – l’Europe étant coincée entre les deux – suggère un changement potentiel dans le rôle de ces grandes puissances économiques en Afrique. Cependant, les grands événements accélèrent généralement les tendances qui existaient auparavant ; ils n’inversent généralement pas la direction des événements.

La Chine a pris de l’importance en Afrique au cours des deux dernières décennies, en partie à cause de l’espace de plus en plus laissé ouvert par les États-Unis et l’Europe, mais aussi à cause des synergies entre les besoins et priorités des gouvernements africains et ceux de la Chine qui vont au-delà des récits de l’aide basée sur les conditionnalités combinées au comportement de recherche de ressources des pouvoirs libéraux. La Chine cherche à sécuriser les ressources en matières premières comme le font les pays occidentaux, cependant, la Chine voit clairement la démographie de l’Afrique comme une opportunité, à la fois comme un marché mais aussi comme une offre potentielle de main-d’œuvre, vu que la main-d’œuvre chinoise vieillit, se contracte et devient de plus en plus chère.

Basée sur son propre modèle de développement et facilitée par une capacité de développement des infrastructures excédentaire l’engagement de la Chine en Afrique se concentre depuis le milieu des années 90 sur le développement des infrastructures et le financement de projets. En conséquence, la Chine détient maintenant environ 20% de la dette de l’Afrique. Malgré le récit du « debt trap lending » (des prêts menant au piège de la dette) qui échappe à tout contrôle en Afrique, l’incidence réelle des actifs pour les échanges de dette est faible, et la croissance des prêts chinois semble s’être stabilisée depuis 2015.

Il était inhabituel pour la Chine d’accepter une offre de suspension de la dette multilatérale récemment élargie par le G20 pour permettre à certains gouvernements africains de disposer de l’espace budgétaire nécessaire pour répondre à la pandémie. Etant donné le caractère inadéquat de l’offre, la plupart des pays ne l’accepteront pas. La Chine a cependant clairement indiqué qu’elle négocierait bilatéralement l’allégement nécessaire de la dette. Ce faisant, elle semble accepter un programme multilatéral, mais en réalité, elle traitera avec les pays africains sur une base bilatérale.

Au-delà de la contraction immédiate de l’économie chinoise, il y aura – dans la période post-Covid – un potentiel pour une plus grande intégration économique entre la Chine et l’Afrique, bien qu’un véritable partenariat puisse encore être difficile à atteindre. Autant les relations sino-africaines sont fortes au niveau du leadership et entre les autorités étatiques, autant les relations entre les Chinois et les Africains sont faibles, manquent de confiance et ont parfois été tendues par des incidents racistes. L’exemple le plus récent étant le traitement des Africains dans la ville de Guangzhou et ailleurs en Chine pendant la pandémie, qui a conduit à des critiques sans précédent de la part des gouvernements africains invitant publiquement Pékin à fournir des explications. Ainsi, les détracteurs occidentaux qualifient les dons en nature d’EPI, de matériel médical et d’expertise, par la Chine de « Diplomatie masquée », destinés à cacher la nature de la Chine et ses intentions…

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