Redge Nkosi

Redge Nkosi

Redge Nkosi est directeur exécutif de Firstsource Money, un organisme de recherche et de conseil spécialisé dans les domaines de l'argent, de la banque et de la macroéconomie, à Johannesbourg/Afrique du Sud.

La crise de la Covid-19 et la Nouvelle Economie Politique Emergente de l’Afrique

Si la crise d’août 2007 a été un coup de semonce à bout portant qui a ébranlé le modèle de développement vieux de plusieurs décennies en Afrique et au-delà, la crise économique provoquée par le coronavirus a complètement brisé ses fondements. L’Afrique est à un point d’inflexion.

Le point d’inflexion n’est pas arrivé en 2007 ou 2008 en raison des effets plutôt modérés de la crise sur l’Afrique. A l’exception de l’Afrique du Sud, les marchés financiers sous-développés du continent et leur faible intégration dans le Nord développé ont eu un effet d’amortissement. Aujourd’hui, les marchés financiers africains sont bien différents.

Avec des déclarations fortes de dirigeants européens comme « L’ancien Consensus de Washington est terminé » du Premier Ministre Britannique de l’époque, Gordon Brown, et que nous avons tourné une page sur « le modèle anglo-saxon libérale » du Président Français Nicolas Sarkozy lors de la réunion du G20 en 2009, l’Afrique a cherché à participer à ce qui promettait d’être l’émergence d’une poussée coordonnée au niveau mondial vers un nouvel ordre économique mondial résilient et équitable.

Ce qui a plutôt émergé, c’est un programme très fragile développé par la Banque Mondiale et piloté par le G20 pour « Maximiser les finances pour le développement ». Un agenda pour concevoir un nouvel ordre financier basé sur le shadow banking afin de financiariser le développement. Ce que cet ordre a fait et continue de faire est non seulement d’aggraver les fragilités économiques déjà élevées dans les pays en développement, mais aussi de les priver de l’espace politique autonome nécessaire pour poursuivre des stratégies de développement comme l’industrialisation.

Au cœur de ce nouveau programme, les pays en développement doivent adopter une série de réformes de politique intérieure, qui déréglementent essentiellement leurs secteurs financiers afin de permettre aux banques internationales et aux institutions bancaires parallèles des pays avancés d’établir des marchés de titrisation construits autour d’obligations en monnaie nationale et des marchés de liquidité de court terme.

Cela a en outre exposé les Africains à des rythmes de cycles financiers mondiaux sur lesquels ils n’ont aucun contrôle, et pourtant il n’existe aucun filet de sécurité mondial pour protéger les pays en développement. En outre, ce sont les activités de mise en pension et de dérivés de ces marchés très parallèles que les décideurs politiques et les universitaires conviennent comme étant à l’origine de l’événement systémique mondial de Lehman Brothers de 2007-2008…

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